Une crise, c’est simple.

Chroniques du provisoire

Chronique N°1

Une crise, c’est simple.
C’est quand tout le monde veut une réponse immédiate à une question dont la réponse dépend d’une information qui n’existe pas encore.

Donc je réponds immédiatement.
Je dis, l’information n’existe pas encore.

Et là, miracle, tout le monde est rassuré.
Parce qu’on a une réponse.
Même si la réponse, c’est qu’il n’y a pas de réponse.

C’est ça qui est beau, l’administration.
Elle fabrique de la certitude avec du vide.
C’est de la physique quantique, mais avec des tampons.

Dans une crise, le vide n’est jamais vide.
Le vide est en cours.
Le vide est en attente.
Le vide est en remontée.
Le vide est en validation.

On me demande, vous savez.
Je réponds, je ne sais pas.
On me demande, quand saurez-vous.
Je réponds, quand je saurai.

Et là encore, tout le monde est rassuré, parce que c’est logique.
C’est même tellement logique que ça devient une procédure.

Alors on “fait un point”.
Le point, c’est très précis.
On ne sait rien, mais on fait un point sur ce qu’on ne sait pas.
C’est un point de non-savoir.

On “suit la situation”.
On ne suit pas la situation, on suit le suivi de la situation.
C’est une surveillance de la surveillance.
Ça ne règle rien, mais ça encadre, donc ça rassure.

On “attend des éléments”.
Ça, c’est magnifique.
Parce qu’un élément, c’est déjà quelque chose.
Alors on attend des éléments complémentaires.
Quand l’élément principal n’existe pas, le complémentaire devient essentiel.
C’est l’essentiel du complémentaire.

Et puis on “met en place un dispositif”.
Un dispositif, c’est une solution qui a trouvé une réunion avant de trouver un problème.
Ça prouve qu’on est prêts.
À quoi.
On ne sait pas.
Mais on est prêts.

Et quand enfin l’information arrive, on est soulagés.
Non pas parce qu’on sait.
Mais parce qu’on peut dire, officiellement, que maintenant on sait.

Et dans l’intervalle, on a tout produit.
Des notes.
Des points.
Des suivis.
Des validations.
Du calme.

Donc la crise, au fond, c’est quand l’information n’existe pas encore, mais que la certitude existe déjà.

C’est prodigieux.

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