Catégorie : Passeurs

Portraits, hommages et rencontres consacrés à celles et ceux qui transmettent, créent, accompagnent, déplacent les regards ou laissent une trace dans la vie des autres

  • Pourquoi je choisis aujourd’hui de dire publiquement que je suis franc-maçon

    Pourquoi je choisis aujourd’hui de dire publiquement que je suis franc-maçon

    Après plus de trente ans de discrétion, j’ai choisi d’écrire publiquement une phrase que je n’avais encore jamais formulée. Non pour convaincre ni pour recruter mais simplement pour partager une part de mon parcours et expliquer ce que la franc-maçonnerie a réellement apporté à ma vie d’homme, d’enseignant et de citoyen.

    Il existe des articles que l’on écrit d’une seule traite. Les mots viennent naturellement, presque tout seuls.

    Et puis il y a ceux que l’on porte longtemps avant d’oser les publier.

    Celui-ci appartient sans doute à la seconde catégorie.

    Il m’a fallu plus de trente ans pour écrire cette phrase

    Pendant plus de trente ans, je n’ai jamais menti sur mon engagement. Je n’ai simplement jamais éprouvé le besoin d’en parler publiquement.

    Je suis franc-maçon.

    Cette phrase tient en quatre mots, pourtant c’est probablement celle qui m’a demandé le plus de temps.

    Pourquoi aujourd’hui ?

    Parce qu’il arrive un moment où continuer à taire une partie de son histoire devient moins juste que de la raconter simplement.

    Je n’écris pas ces lignes pour surprendre. Je ne cherche ni à provoquer, ni à convaincre, ni à recruter qui que ce soit. Je ne parle qu’en mon nom. Je respecte profondément celles et ceux qui choisissent de ne jamais évoquer publiquement leur engagement. Leur silence est aussi respectable que ma parole d’aujourd’hui.

    Avant d’aller plus loin, je souhaite préciser une chose importante.

    Cet article ne dévoilera rien qui ne m’appartienne.

    Je ne citerai aucun frère, aucune sœur, aucune loge, aucun événement, aucun échange susceptible de conduire à identifier qui que ce soit. La discrétion fait partie de mon engagement et je n’ai aucune raison d’y renoncer. Je parlerai uniquement de moi.

    Une démarche initiatique et spirituelle

    Je suis membre de la Grande Loge de France depuis plus de trente ans. C’est une obédience maçonnique qui se définit comme une démarche initiatique et spirituelle. Elle ne professe aucun dogme religieux et chacun y demeure libre de son cheminement intérieur.

    Cette appartenance ne m’a jamais défini à elle seule. Elle n’a jamais remplacé mon métier, ma famille, mes amis, mes engagements ou mes convictions. Elle les a accompagnés. Parfois éclairés. Plus souvent interrogés.

    Être jugé sur mon travail

    Lorsque j’ai choisi de devenir enseignant puis de servir l’Éducation nationale comme personnel de direction, une évidence s’est imposée à moi.

    Je souhaitais avant tout être jugé sur mon travail.

    L’École de la République demande à ses serviteurs d’être impartiaux, loyaux et profondément respectueux de la liberté de conscience de chacun. Je n’ai jamais vu la moindre contradiction entre cette exigence et mon engagement maçonnique. En revanche, j’ai toujours considéré qu’il m’appartenait de veiller à ce que personne ne puisse douter que mes décisions relevaient exclusivement de l’intérêt général.

    Mes décisions m’appartiennent

    Avec les années, je crois avoir suffisamment montré qui j’étais dans l’exercice de mes responsabilités.

    Mes réussites comme mes erreurs m’appartiennent.

    Mes décisions aussi.

    Elles ne sont ni maçonniques, ni politiques, ni religieuses.

    Elles sont celles d’un chef d’établissement qui a essayé, parfois maladroitement mais toujours sincèrement, de servir l’école publique avec les valeurs qui fondent notre République.

    Le temps de la sérénité

    C’est sans doute cette sérénité qui me permet aujourd’hui d’écrire ces lignes. Je n’ai plus le sentiment de devoir laisser dans l’ombre une partie de mon parcours pour être compris. Il me semble simplement que mes actes ont eu le temps de parler pour moi. Je peux désormais ajouter quelques mots sans craindre qu’ils prennent la place de ce que j’ai essayé de faire.

    Si je fais aujourd’hui ce choix, c’est aussi par respect pour celles et ceux qui me lisent parfois depuis longtemps. Je leur dois cette part de vérité, comme je leur dois toutes les autres.

    Ce que la franc-maçonnerie m’a réellement apporté

    Au fond, que m’a apporté la franc-maçonnerie ? Certainement pas des certitudes. Si je devais résumer ces trente années en une seule phrase, je dirais même exactement le contraire.

    Le doute plutôt que les certitudes

    Elle m’a appris que le doute est souvent plus fécond que les réponses définitives. Non pas le doute qui empêche d’agir mais celui qui oblige à écouter avant de juger, à accepter que l’intelligence puisse emprunter des chemins différents des miens et à reconnaître que l’on peut sincèrement se tromper sans être de mauvaise foi.

    Une pierre qui ne sera jamais parfaitement polie

    Elle m’a appris que l’on peut passer une vie entière à tailler une pierre qui ne sera jamais parfaitement polie. Je trouve cette idée profondément rassurante. Elle enlève beaucoup de vanité. Elle oblige aussi à une certaine humilité.

    Les lecteurs fidèles de ce blog ne découvriront probablement pas un autre homme. Ils retrouveront les mêmes thèmes que dans beaucoup de mes articles : le goût du doute, l’importance de la transmission, la confiance dans l’intelligence collective, la fraternité non comme un slogan mais comme un effort quotidien, la conviction que l’on ne grandit jamais seul.

    En réalité, vous me connaissiez déjà

    En réalité, je ne révèle pas une nouvelle facette de ma personnalité. Je donne simplement une clé supplémentaire pour comprendre certains textes publiés ici depuis des années.

    Je continuerai d’ailleurs à écrire exactement comme avant. Sur l’école. Sur les douleurs chroniques qui m’accompagnent désormais. Sur mes petits-enfants. Sur Solo et Ballerine, mes deux chats. Sur la cuisine, les voyages, les livres, les rencontres et les absurdités administratives qui valent parfois largement une bonne chronique. Bref, rien ne changera vraiment. Enfin… presque.

    Ni complot ni gouvernement mondial

    Je sais aussi que certains lecteurs souriront en découvrant cet article. D’autres imagineront peut-être que je participe désormais à un gouvernement mondial secret, que je détiens quelques codes mystérieux ou que je suis enfin admis dans le club très fermé des maîtres du monde.

    Je préfère les rassurer tout de suite.

    À soixante-deux ans, il serait tout de même un peu tard pour commencer une carrière de maître du monde. J’ai déjà suffisamment de mal à retrouver mes lunettes lorsqu’elles sont sur ma tête et je n’ai jamais réussi à convaincre Solo de respecter la moindre de mes décisions. Quant à Ballerine, elle est arrivée depuis si peu qu’elle n’a même pas encore pris la peine de me faire croire qu’elle envisagerait un jour de m’obéir. Dans ces conditions, gouverner l’humanité me paraît légèrement ambitieux.

    Comprendre avant de juger

    Plus sérieusement, la franc-maçonnerie suscite encore beaucoup de fantasmes. Je n’ai pas la prétention d’y répondre dans cet article.

    Si vous souhaitez simplement comprendre ce qu’est la démarche de la Grande Loge de France, sans folklore, sans caricature et sans théorie du complot, je vous recommande les courtes vidéos mises en ligne sur la chaîne YouTube officielle de la Grande Loge de France.

    Découvrir la chaîne YouTube officielle de la Grande Loge de France

    Libre ensuite à chacun de se faire sa propre opinion.

    Une appartenance ne résume jamais un homme

    Quant à moi, je souhaitais simplement écrire une phrase que je n’avais encore jamais écrite publiquement.

    Je suis franc-maçon.

    Il m’a fallu plus de trente ans pour l’écrire.

    À bien y réfléchir, trente années laissent largement le temps de vérifier qu’une appartenance ne résume jamais un homme. Elle ne l’enferme pas davantage qu’elle ne le distingue. Elle éclaire simplement une partie de son chemin.

    Celui-ci est le mien.