Dernier jour avant vacances, mode chef d’établissement

Proviseur presque en vacances

Chronique N°3

Le dernier jour avant les vacances, il y a une ambiance particulière au lycée.
Ce n’est pas le calme. C’est… une négociation collective avec la réalité.

Les élèves ont déjà quitté l’établissement, mais ils ont laissé leurs corps derrière eux par politesse.
Les professeurs sont encore là, professionnels, impeccables, mais on sent que leur esprit a commencé à ranger le trimestre dans une boîte “on verra ça en janvier”.
Les personnels d’accueil, de service, de maintenance, eux, tiennent le bâtiment au sens strict, c’est-à-dire qu’ils font en sorte que la vie reste possible jusqu’à la dernière minute, alors que tout le monde, intérieurement, est déjà en chaussettes.

Moi, en tant que proviseur, je fais ce que je fais le mieux en fin de période, je boucle.
Enfin… je tente de boucler.

Je ferme des dossiers en les reclassant dans la catégorie “urgent après les vacances”.
Je réponds à des mails “pour information” qui contiennent une mission, un calendrier, deux injonctions contradictoires et un “merci de faire retour rapidement”.
Je découvre des documents “version finale” qui ont déjà une V2, ce qui me rassure presque, parce que ça prouve que la vérité aussi a besoin de vacances.

Je passe voir l’équipe de direction.
Le proviseur adjoint a ce regard de quelqu’un qui connaît déjà la prochaine urgence, mais qui fait semblant de croire à la trêve.
La secrétaire générale tient la structure comme on tient une poutre, sans bruit, sans lyrisme, avec efficacité.
Les CPE clôturent la journée avec une maîtrise qui mérite une décoration, ou au moins une boisson chaude.
Et tout le monde a cette même phrase dans la tête, formulée différemment selon les statuts, mais identique au fond.

“Qu’on tienne jusqu’à ce soir.”

J’ajoute une mention spéciale à la rumeur, qui, fidèle à elle-même, a fait état ici et là de goûters improvisés avec tel ou tel professeur.
Je suis sincèrement heureux que la convivialité survive à la période.
Je suis simplement… déçu que la rumeur ne m’ait pas donné les numéros de salle, histoire que je puisse, moi aussi, profiter du goûter.
À ce stade, je ne demande pas la transparence, juste un plan.

Et puis il y a mon chat.
Lui ne connaît pas les conseils de classe, les circulaires, ni les “retours attendus”.
Il connaît une seule doctrine, implacable.

Tu peux faire ce que tu veux, mais tu vas t’asseoir.

Il entre dans le bureau, regarde la pile de papiers, choisit LE document important, celui que je devais absolument traiter avant 17h, et s’y installe avec l’autorité tranquille des êtres qui ne signent rien.
Il me fixe.
Je comprends le message.

“Les vacances, c’est maintenant. Tu n’es pas indispensable, tu es juste fatigué.”

Alors ce soir, je vais faire l’acte le plus audacieux de ma fonction.
Je vais fermer l’ordinateur.
Sans vérifier une dernière fois.
Sans “juste un petit coup d’œil”.
Sans “au cas où”.

Si j’y arrive, je ne serai pas seulement en vacances.
Je serai un héros.

Commentaires

2 réponses à “Dernier jour avant vacances, mode chef d’établissement”

  1. Avatar de Laurent M
    Laurent M

    Une nouvelle fois un grand plaisir de lire cette chronique.
    Je ne sais pas quelle personnage j’aurai souhaiterai être. Bon je laisse cette reflexion en attente ,les vacances commencent et je mets le cerveau en position off

  2. Avatar de Aude R
    Aude R

    Excellent! Et « bonnes fêtes » (ces vœux sont destinés au 5 janvier 😉)

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